Les jeunes Français passent un tiers de leur existence devant un écran
Soit 4 mois de leur vie éveillée sur un an... Contre 3 jours devant un livre.
Il y a quelque chose d’effrayant à mettre des études en perspective.
Le CNL publiait en 2024 une étude faisant état que « les 16-19 ans passent en moyenne 5h10 par jour devant un écran » pour seulement 12 minutes à lire des livres, comme le rappelait l’écrivain Éric Pessan dans une très belle chronique pour la revue Étude publiée en janvier 2026.
Un après l’étude du CNL, l’institut Statista observait que « 5,1 milliards d’utilisateurs réguliers des réseaux sociaux y consacrent en moyenne 2h30 quotidienne », soit en moyenne « deux mois de leur vie éveillée » rappelait de son côté Julien Nocetti dans un très bon ouvrage sur les Gafam.
Pour mettre en perspective cette nouvelle condition de l’homme moderne, le chercheur citait un économiste aussi prophétique que méconnu, l’américain Herbert Simon, qui, dès 1971, prédisait le jeu à somme nulle dans laquelle se déroule nos existences :
« L’abondance d’informations implique une pénurie de ce que l’information consomme et ce que l’information consomme est évident : l’attention de ses destinataires. Une abondance d’informations implique par nécessité une pénurie d’attention. »
photo : ©yrieixdenis
La « guerre cognitive », syntagme un peu ronflant, est une réalité très concrète, qui se jouait bien avant le numérique et qui aujourd’hui atteint une extrême acuité.
Une société humaniste doit protéger tous les modes de savoir et de connaissance et ne pas laisser un mode, bras armé d’acteurs économiques hégémoniques, écraser tous les autres au détriment de la culture et de la santé de tout une classe d’âge…
Dans un fabuleux essai sur la transmission du savoir depuis l’antiquité et sur la révolution scientifique de la Renaissance, l’historienne Violet Moller rappelait :
“Cette révolution scientifique n’aurait pas été possible sans les siècles de réflexion, de recherche et d’écriture qui les avaient précédées et avaient tissé des fils de savoir ininterrompus. Immortalisées sur la page, les idées scientifiques firent le tour du monde méditerranéen, illuminant différents lieux à différents moments d’l’Histoire.”
3 ans avant Herbert Simon, l’économiste français Georges Elgozy, un auteur oublié à tord, publiait en 1968 Automatisme et humanisme. Pour lui, l’automation (la conjonction de l’automatisation et de l’informatique) était censé “épargner des travaux manuels ou mentaux répétitifs.”
Mais est-ce bien le cas lorsque le consommateur “scroll” son écran au service de GAFAM qui tirent leurs revenus de la publicité ?
Georges Elgozy allait même jusqu’à prédire, non sans cet humour plein d’ironie qui fit sa renommée :
“Alors qu’au siècle dernier la classe ouvrière était uniformément analphabète, le niveau intellectuel moyen du travailleur français — qui atteint celui du certificat d’études — s’alignera vers 1985 sur celui du bachelier. Par extrapolation, on pourrait estimer qu’en l’an 2000 il rejoindra celui d’un polytechnicien. Et même d’un « X » amélioré, dont les connaissances polythéoriques — qui comprendraient enfin l’informatique et l’automatique — seraient assorties d’une polytechnicité pratique, voire d’une philosophie et d’un sens de l’humour que n’enseigne à ce jour aucune école.”
Quelque part, le voeu de Georges Elgozy a été largement exaucé.
N’avons-nous pas aujourd’hui le privilège rare de pouvoir écouter en boucle, sur YouTube, Michel l’ingénieur informaticien ?







