Et si on mettait autant d’énergie pour protéger les données sensibles des Français qu'on en met depuis des décennies à les capter ?
À propos d'un article de 2013
Dessin généré par IA
Plongé depuis près de 5 ans maintenant dans l’histoire labyrinthique et mouvementée du numérique et de la cybersécurité en France - et dans le monde, dans le cadre de recherches qui seront publiées, si les dieux de l’édition le veulent, en 2027, nous sommes tombé sur cet article du Monde de 2013 :
“La DGSE collecte ainsi les relevés téléphoniques de millions d’abonnés – l’identifiant des appelants et des appelés, le lieu, la date, la durée, le poids du message. Même chose pour les mails (avec possibilité de lire l’objet du courrier), les SMS, les fax… Et toute l’activité Internet, qui passe par Google, Facebook, Microsoft, Apple, Yahoo!… C’est ce que la délégation parlementaire au renseignement appelle très justement “le renseignement d’origine électromagnétique” (ROEM), traduction du Sigint (signal intelligence) de la NSA.
Ces métadonnées permettent de dessiner d’immenses graphes de liaisons entre personnes à partir de leur activité numérique, et ce depuis des années. De dessiner une sorte de journal intime de l’activité de chacun, tant sur son téléphone que sur son ordinateur. A charge ensuite pour les services de renseignement, lorsqu’un groupe intéressant a été identifié, d’utiliser des techniques plus intrusives, comme les écoutes ou les filatures.”
Les autres services de renseignement français ont accès en toute discrétion à cette gigantesque base de données, sobrement baptisée “infrastructure de mutualisation”. Il s’agit de la direction du renseignement militaire (DRM), la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD), la direction centrale de la sécurité intérieure (DCRI), la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), de Tracfin et même du petit service de renseignement de la préfecture de police de Paris.
Selon le Sénat, 80 % des moyens de la direction technique de la DGSE sont utilisés par ces autres services. Chacun donne le nom de la cible visée à son interlocuteur de la DGSE, qui répond “hit” (touché) ou “no hit” selon qu’elle figure ou non dans la base de données. Puis les services de la DGSE rendent intelligibles les métadonnées, en y ajoutant du renseignement classique.
Les demandes de consultations sont loin de se limiter au seul terrorisme ou à la défense du patrimoine économique. Le libellé très flou de la protection de la sécurité nationale permet notamment d’identifier les entourages de personnalités au plus haut niveau de l’Etat, quelles que soient leur qualité et la nature des liens espionnés.”
Fort de cette lecture - et de cette autre, du journaliste Jean-Marc Manach, nous nous sommes pris d’un rêve un peu fou : et si l’on mettait autant d’intelligence, d’énergie, de moyens, de compétences et de rigueur à défendre l’ensemble des données personnelles des Français ?
Ce serait quelque chose de merveilleux, non ?
PS. : nous menons des dizaines d’entretiens dans le cadre de nos recherches (experts, entrepreneurs, chercheurs, etc.). Si vous souhaitez échanger avec nous sur ces sujets cruciaux, écrivez à : contact[@]alyghieri.com



